Deviens ce que tu es

« Deviens ce que tu es », disait Nietzsche : ne cherche pas, ça poussera tout seul. Sauf quand ce que tu es s’est planqué pour survivre. Là, faut aller le chercher.

Auteur
Stéphane Briot
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5 min · 1 128 mots
Indice
N° 82 · 82 indices publiés à ce jour
deviens qui tu es
© Watson

01T’es qui toi ?

Déjà. Toi. Voilà. Fin de billet. Pardon, je développe un peu. Tu es ce que tu es, à savoir, toi. Voilà. Tout est dit, au revoir, merci d’être venu.

Bon, soyons sérieux deux minutes. En faisant quelques recherches, j’ai appris que la formule origniale nous vient de Pindare (rien à voir avec le cirque Pinder, encore que…) sous la forme « deviens tel que tu es, l’ayant appris ». Ça, je ne savais pas.

La suite, si. Nietzsche qui s’empare du truc dans Le Gai Savoir pour nous l’offrir sous la version connue « Deviens ce que tu es ». Avec ça, t’es bien.

02Es-tu ce que les autres veulent ?

Bon, alors, ça veut dire quoi « Deviens ce que tu es » ? Bah, ça laisse entendre que tu ne sais pas encore qui tu es. Et ça, c’est une drôle de vérité que je peux constater régulièrement auprès de mes clients.

Ils sont ce que leurs amis, leur famille et leurs collègues peuvent dire d’eux. Mais quand tu leur demandes à eux qui ils sont, là, y’a souvent un blanc, des « heu… », des « baaaaah », des « je crois » très hésitants, des « je ne sais pas » très sincères.

C’est pour cela que cet exercice que nous faisons ensemble, mes clients et moi, pour découvrir leurs valeurs et tracer un croquis fidèle de leur identité intérieure est si révélateur. Ils peuvent enfin s’emparer d’eux, mettre des mots sur des ressentis, exprimer des trucs qui se planquaient dans l’ombre, attendant d’être enfin nommés. On va y revenir.

03Ne pas savoir, est-ce un problème ?

Mais Nietzsche, lui, prend le truc autrement : ne pas savoir, c’est pas le problème, c’est même la condition pour que ça se révèle tout seul, un jour. Quand ? Va savoir ! Pour lui, faut surtout pas chercher. Y’a bien un truc qui pousse en profondeur, à ton insu, mais faut pas aller le déterrer. Il faut avancer, faire chemin, et ça se dessine peu à peu.

Bon, en son temps, la psycho n’avait pas autant avancé que de nos jours. Désormais, y’a deux trois trucs que l’on sait. Par exemple, tes valeurs. Elles sont liées à tes émotions. Je te file un exemple : tu ne te fous pas en colère pour le plaisir ; en général, ça vient toucher une limite. Et qui dit limite, dit souvent une valeur qui se fait un peu trop bousculer. Donc, ça te fout en rogne.

Seulement, apprendre à mettre des mots sur ses valeurs, donc, être en capacité de les nommer avec précision, c’est à la fois être victime, coupable, juré et juge.

Tu dois tenir tous les rôles, autant te dire que t’es pas rendu. Et puis, dans cette liste de valeurs, tu es vite tenté de prendre celles que tu trouves jolies, celles qui font bien en société. Ouais, mais non. Le but est de trouver ce que tu défends naturellement, sans même le savoir, c’est ça le vrai jeu.

Là, je reviens sur ce que je disais plus haut. Je rejoins Nietzsche sur un point : y’a des trucs hors de ta conscience, des choses qui se sont cachées, ou mises à l’abri, par la force des choses.

04Quand la survie te ment

Si je prends mon exemple, j’ai dû me suradapter comme un dingue pour survivre à la furie de ma mère. Donc, pendant très longtemps, ce que j’étais, je n’en savais foutrement rien. J’avais pas eu le loisir de me poser la question.

Mon petit moi de moi-même s’était foutu à l’abri et laissait l’enfant adapté gérer le quotidien. Ce fameux « vrai moi » n’avait pas trop le droit de cité. Je devais obligatoirement être ce que l’on attendait, pardon, ce qu’elle exigeait de moi. Pas le choix.

Donc, oui, il était caché. Et c’est là que je lâche Nietzsche. Lui, il te dit de laisser pousser tranquille. Sauf qu’un moi qui s’est planqué pour survivre, il ne sort pas tout seul. Il a appris que sortir, c’était dangereux. Tu peux attendre longtemps. Faut aller le chercher.

Et je ne suis pas le seul à qui c’est arrivé. Pour une raison ou une autre, on se retrouve souvent à porter une identité, qui est en réalité un masque qui fut façonné par les aléas de la vie. Et puis, un jour, survient un évènement x ou y, et là, on se demande « Mais au fait, je suis qui, moi ?« . Là, c’est un sacré vertige.

Ça peut être la fameuse crise du milieu de vie, une maladie, un changement de boulot, peu importe, mais c’est quelque chose qui vient plus ou moins bousculer les fondations.

05Pourquoi découvrir qui tu es ?

Alors, avec ces crises, ces questionnements, là, on commence à se demander qui on est, pour de vrai. Et cette réponse, elle vient par les valeurs que tu portes et comment tu les exprimes dans ton quotidien. Parce que les valeurs, globalement, ce sont des principes de vie.

Exemple, si tu portes la valeur « découverte », le fait de rester le cul vissé sur ta chaise, la tête dans un tableur à remplir des cases, ça peut vite t’emmerder. Mais ! Si tu prends le tableur, que tu le retournes dans tous les sens, que tu le pousses dans ses limites, là, ta valeur « découverte », tu peux la sentir vivre. Et donc, te sentir bien.

Une valeur, ce n’est pas comme une émotion dont on dit qu’elle se « traverse », la valeur, elle se vit. On la respire, on l’habite. C’est bien beau de dire que l’on porte telle ou telle valeur, ça fait zoli zoli, mais si tu ne vis jamais ces valeurs, c’est du maquillage, du foutage de gueule. Rien de plus. Un mensonge.

Donc, tout ça pour dire que « Deviens qui tu es », au fond, c’est loin d’être con. Parce que ton parcours de vie peut avoir fait que ce que tu es soit planqué quelque part en toi, qu’un incident sur le chemin t’oblige à réaligner les choses. Réaligner ? Oui, comprendre valeurs et actes.

Ça, c’est un truc aussi, tiens. « Je suis aligné » te disent les gourous. Et quand tu grattes, tu vois vite que c’est foutage de gueule. Un véritable et solide alignement demande de connaitre ses valeurs et d’aligner ses actes sur ces valeurs. L’alignement, c’est ça. J’suis pas Prix Nobel de maths, mais aligner, c’est deux points, a minima. Et s’aligner, c’est un point intérieur, les valeurs, et un point extérieur, les actes. Basta.

Alors, si tu veux devenir qui tu es, découvre tes valeurs, et si tu veux t’aligner, ajuste tes comportements en fonction de tes valeurs.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Je suis un coach. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Deux infarctus, une enfance douloureuse digne d'un roman, c'est là j'ai appris à déceler où ça coince d'abord chez moi, puis chez les autres, et ce avec précision. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que ça bouge. Pour remettre de la vie dans leur quotidien.

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