01Cette crise, c’est arrivé comment ?
Foutue crise existentielle ! Il y a eu un déclencheur. Un décès d’un proche, d’un ami, d’un parent. Ou peut-être un anniversaire. Tu viens de faire tes quarante piges, peut-être cinquante. Et là, t’es passé en mode bilan. C’est peut-être un pépin de santé.
Des crises, j’en ai croisé quelques-unes dans ma vie. Avec ma santé, je suis soumis à un suivi rigoureux. Un mois d’octobre, je vais voir ma cardiologue, contrôle de routine. Mais quand il est question du cœur, la routine, ça peut vite partir en couille.
Là, pour une question d’essoufflement, je me retrouve à devoir faire une batterie d’examens. Neuf mois durant, je vais aller et venir entre la maison et l’hosto pour vérifier que ça va, ou pas. J’ai tout de suite cru au gros pépin qui allait me tomber dessus. Stress. Gros stress.
Je dois t’avouer que j’ai pas grandi dans un environnement où l’optimisme était loi. Ma femme, elle, si. Mais pas moi. Alors, forcément, j’ai commencé à envisager le pire. Et le pire, c’était ma propre fin. Et comme un con, je m’y suis préparé. C’était déroutant. Je me sentais physiquement bien, mais dans la tête, j’étais à la rue.
Je faisais semblant que ça allait. J’ai fais semblant de tenir. Quand à l’intérieur tout était en train de se fissurer, quand les questions tournaient dans une danse folle, macabre, morne.
Plus la date du dernier rendez-vous approchait, plus je me préparais à mourir. J’attendais la mauvaise nouvelle. Qui n’est jamais arrivée. État stable, ajustement du traitement. Voilà. Et moi, au lieu de remonter, j’ai plongé.
J’ai passé un été en enfer. Je savais qu’il me restait des squelettes dans le placard. Et ils sont sortis. J’ai pris dans la tête ma fausse mort, celle que j’avais prévue, les restes du passé. Ça a secoué très fort. Durant trois bons mois, j’étais perdu. J’ai tout remis en question.
Le boulot, mon couple, ma famille, moi. Tout y est passé. Je n’arrivais plus à trouver du plaisir.
Du mal à m’endormir, des réveils en pleine nuit, des matins sans vitalité, sans entrain. Des journées à trainer devant des séries, dans le canapé, à rien foutre, si ce n’est souffrir à l’intérieur. Dans quel but ?
Ma femme avait beau me dire que je n’avais pas de problème, moi, j’avais envie de chialer. Autant sur tout ce que j’avais pas eu dans ma vie, que ces douleurs que j’avais prises en pleine gueule. Comme si quelque chose n’avait pas encore été vraiment nettoyé.
J’ai même été parler avec une super thérapeute. Sa conclusion ? Je me pose beaucoup de questions. Et dans ces questions qu’on se pose, y’a celles qui nous élèvent, et celles qui nous font mal, qui nous tirent vers le fond.
Ça m’a soulagé, ça a fait du bien. J’ai pris conscience que je tournais en rond. Ça a mit un coup de frein au manège, ça ne l’a pas arrêté. Mais c’était déjà une bonne nouvelle en soi. Je ne peux que te conseiller, quand ça secoue fort, de filer chez un thérapeute. Ça aide.
02Le vrai du faux
Dans ce temps-là, mon chat est mort, un chat avec qui j’avais un lien affectif particulier. Mis étrangement, le décès du matou m’a remis un peu en place.
Sa mort était vraie. Dans le sens où c’était une vraie douleur, bien réelle. Pas quelque chose que j’avais pu élaborer depuis ma tête. Non. Une vraie perte.
Je ne dis pas que ce que je ressentais était faux. Non. Comme me l’avait dit ma thérapeute, je me posais beaucoup de questions. Et pas les bonnes.
Je le savais déjà, mais je ne le comprenais pas. C’est la mort de mon chat qui a fait tilt là haut. Oui, on peut se poser des questions, douter de tout, chercher. Mais chercher quoi ? Ca, c’est une question. Je ne sais pas ce que j’ai cherché. Mais j’ai cherché, comme un taré. J’ai rien lâché. Durant trois mois, je me suis secoué dans tous les sens.
Je savais qu’un jour il me faudrait traverser ces émotions qui étaient latentes depuis des années. Des vieux dossiers à boucler, à fermer, une bonne fois pour toutes, pour que les années à venir soient enfin paisibles, sans arrière pensées en toile de fond, sans la peur de m’effondrer, sans me demander quand ça allait me tomber dessus.
Oui, la mort de mon chat m’a fait du bien, m’a aidé à comprendre que je tenais à cette vie que j’ai bâtie avec ma femme, avec ma fille. C’est là où je veux être. Là où je me sens bien. Je me suis fait une belle crise existentielle. Ça a secoué fort.
03Ça s’en va et ça revient
Le plaisir, la sérénité, l’envie, tout ça, ce n’est pas revenu d’un coup. Lentement. Peu à peu, la douleur a commencé à moins serrer. Je restais vigilant, méfiant, en alerte. J’avais pas envie de retomber, mais je retrouvais peu à peu le plaisir des choses simples. Comme faire mon marché le samedi matin, préparer à manger. Écouter de la musique en faisant la cuisine. Rigoler avec ma fille. Parler avec ma chérie. Le sommeil le soir, c’est revenu aussi.
Et puis, en marchant le soir, ce n’était plus au risque d’infarctus que je pensais en premier lieu. Ça venait plus tard, mais ça serrait moins, j’étais un peu mieux, avec un peu plus de place en moi.
J’ai commencé à retrouver des pensées plus légères, plus douces. Et puis, y’a eu une rechute, pas grosse, mais les pensées pas agréables sont revenues, puis reparties. Puis revenus.
C’est ça qui est chiant avec ces crises. Ça ne repart pas comme ça. C’est pas du genre je me couche lundi soir, et mardi matin, pouf, envolé. Bah non. Là, faut tenir, enfin, non. Avoir confiance.
Si tu te crispes à ce moment là, ça risque de repartir pour un tour. Donc, faire confiance, se faire confiance, s’accrocher aux petits plaisirs retrouvés ici et là. Les répliques, c’est normal. Ça fait flipper, mais c’est normal. Enfin, chez moi, les répliques, c’est courant.
Un soir, je me suis rendu compte d’un truc. La journée était passée, ça n’avait pas serré. La marche en fin de journée fut légère, je suis rentré avec de l’envie, du plaisir. Tiens, quelque chose reprenait sa place. Enfin.
04Prévenir la crise ?
La question qu’on se pose, c’est de savoir si oui ou non on peut prévenir ce genre de crise. La crise de la quarantaine, la crise existentielle, celle de la cinquantaine. Certains parlent d’un mythe, d’autres d’une réalité.
Tu ne vas pas systématiquement traverser une crique à quarante ou cinquante piges tout rond. Ça peut être quarante et un, ou cinquante-sept. Quarantaine ou cinquantaine, c’est une façon de parler. Et puis, non, a ne va pas forcément t’arriver. Tout dépend de ton parcours.
Est-ce qu’on peut la prévenir ? Comme je te le disais, y’a souvent un déclencheur. Et le déclencheur, tu ne le choisis pas. Un décès, un examen qui part en vrille, un anniversaire qui pique. Ça te tombe dessus. Par contre, ce qu’il fait sauter, ça, oui, tu peux t’en occuper.
Chez moi, le déclencheur a ouvert la porte à des questions que j’avais foutues sous le tapis, à des émotions enfouies aussi loin que possible. Je savais que ça allait revenir un jour. J’ignorais quand.
Tout le monde n’a pas un placard plein. Parfois, la crise vient d’un coup dur bien réel, sans rien d’enfoui derrière. Mais si, comme moi, tu sens que traînent de vieux dossiers jamais refermés, alors oui, il y a quelque chose à faire : les ouvrir avant que le bouchon saute. À froid, plutôt que sous la pression. Ça ne te garantit rien. Mais ce que tu as déjà regardé en face, le déclencheur ne peut plus te le balancer à la figure.

