01Quel est le sens de la vie ?
C’est une question qui agite le bocal des philosophes depuis que nous savons utiliser notre cerveau. Et chacun y va de sa propre pensée. Et parfois, les réponses peuvent être vertigineuses. En même temps, les philosophes adorent se tordre le neurone.
Pour certains, le sens vient de l’extérieur : de Dieu, d’un ordre du monde, de ce que l’on fait pour les autres. Pour d’autres, il vient de l’intérieur. La question n’est donc pas tranchée.
Déjà, il faut admettre une chose. Quand on commence à se poser des questions sur le sens de la vie, c’est que quelque chose pique un peu à l’intérieur. En outre, cette question est un luxe.
Quand tu dois batailler pour payer tes factures, batailler pour garder ton boulot, batailler pour garder la tête hors de l’eau, si la question du sens de ce merdier peut venir à un moment, t’as pas trop le temps de philosopher dessus. Y’a d’autres urgences.
Je me souviens de mes parents, toujours à devoir courir après un franc ou un autre pour boucler les fins de mois. Crois-moi, à table, ça ne discutait pas vraiment du sens de la vie. Ou alors, c’était de la pure ironie, une façon de se protéger des douleurs du quotidien, rien de plus. C’était pas le sens de la vie qui les préoccupait, mais bien la survie la plus stricte. Un toit, à manger, des fringues. Point.
02Un pont entre deux mondes
Alors, le sens de la vie, de quoi on parle, pas au sens philosophique, mais dans le quotidien ? Parce que, j’ai rien contre la philo, mais ce qui nous intéresse, c’est quand même notre quotidien. Je crois que le sens est un pont entre l’intérieur et l’extérieur.
Tu as ton monde à toi, ton espace intérieur, mais tu ne vis pas uniquement dans ce petit monde. Beaucoup de choses se passent à l’extérieur de toi. Et, je crois que souvent, la question survient lorsque l’alignement entre ces deux petits mondes ne se fait plus tout à fait correctement.
Par exemple, ton boulot. Parce que c’est souvent là que le truc apparait. Tu sais, ces petites phrases : je ne trouve plus de sens dans mon job, ou encore, mon job ne fait plus sens.
Quand je lis sur les réseaux sociaux, je vois beaucoup de gens qui sont dans une forme d’attente. Ils espèrent que le sens vienne de l’extérieur, du boulot par exemple. En gros, c’est le boulot qui apporte du sens à leur vie. Ou le couple, ou la famille, ou la nature. Ce n’est pas tout à fait faux, on le verra plus loin. Mais il manque un truc.
Mais bon, pourquoi pas. Cependant le jour où le boulot change, le jour où ils perdent ce job, il se passe quoi, ou si le couple s’effondre, ou s’ils se retrouvent loin de la nature ? Tout s’effondre. Et là, grosse crise existentielle.
Et si le sens ne venait pas du boulot, ou de l’extérieur, mais de ce que nous y mettons de nous ? Et si nous prenions les commandes du truc, histoire de ne pas être toujours dépendant d’un phénomène extérieur ?
Je te le disais, je crois (au sens de la croyance) que le sens est une chose qui sert de pont entre notre monde intérieur et le monde qui est autour de nous. Quand je parle de monde extérieur, je ne parle pas au sens « mondial », ou « planétaire ». Je parle de ce qui est autour de nous dans notre quotidien, c’est une distinction importante.
J’ai vite compris que je n’aurais aucun impact au niveau planétaire. Ça ne veut pas dire pour autant que je n’ai aucun impact. Bien au contraire. Je côtoie des gens au quotidien. Ma femme, ma fille, mes voisins.
J’ai aussi côtoyé des collègues, je suis régulièrement en contact avec mes clients, ou des personnes sur les réseaux. Et là, je peux avoir un impact. Mon monde extérieur, il est là. Dans ces interactions. Et là, oui, je peux avoir un impact, plus ou moins fort.
Mais comment avoir un impact sur ces gens ? Comment je peux apporter du sens dans tout ça ? C’est ce que nous allons voir ensemble. Ça va faire un peu tuto développement personnel, mais bon, là, faut que je te montre un peu le truc pour que tu puisses capter.
03Une valeur, c’est quoi ?
Nous sommes toutes et tous équipés d’un système de navigation précis, mais bien caché, bah oui, sinon, c’est pas drôle. Ce système, ce sont nos valeurs. Et si nous partageons des valeurs avec les autres, notre système est très personnel. C’est du sur mesure.
Une valeur, ce n’est pas un truc que tu affiches au mur pour faire joli. C’est quelque chose que tu ressens, c’est un truc qui compte vraiment pour toi, au point qu’il se passe quelque chose en toi quand elle est bousculée, ou touchée dans le bon sens du terme.
Il est très rare que l’on choisisse les valeurs que l’on porte. Tu décides des principes qui régissent ta vie, mais pas de tes valeurs. D’ailleurs, il n’est pas rare que des gens, passé un certain âge, découvrent qu’ils ont agi selon certains principes tout en allant à l’encontre de leurs propres valeurs. Par exemple, on peut vivre selon les principes de ses parents, et finalement, reconnaitre enfin que cela va à l’encontre de soi.
Mais, un principe peut aussi devenir l’expression d’une valeur. On choisit en connaissance de cause. Par exemple, si pour toi la loyauté envers les tiens est importante, tu peux donc décider de faire tes choix en fonction de cette priorité. Ton principe est donc de privilégier la famille avant autre chose. Ton principe est aligné avec ta valeur, tu es en cohérence.
Et là, tout s’aligne correctement. Le pont est fait entre ton monde intérieur et ton monde extérieur.
04Système et échelle de valeurs
En résumé, tu portes un certain nombre de valeurs, et dans ces valeurs, tu as un noyau de quelques valeurs. Ça, c’est stable.
Ensuite, nous avons une échelle de valeurs. Et cette échelle, elle s’ajuste de façon automatique selon le contexte dans lequel tu te trouves. Ça se fait tout seul. L’échelle, c’est l’ordre d’importance de tes valeurs.
Boulot, vie amoureuse, transports, ou que tu sois avec tes parents, avec tes amis, que tu sois dans le rôle du parent, tout seul, chaque fois, de façon silencieuse, l’échelle de tes valeurs s’ajuste automatiquement.
Au boulot, tu vas avoir une échelle de valeurs qui sera différente de celle que tu utilises à la maison. C’est logique, on ne se comporte pas au boulot comme à la maison, les gens sont différents, les attentes sont différentes, les liens sont différents. Donc, tes priorités s’adaptent, et avec elles tes comportements, tes mots, ta façon d’être aux autres.
Pour toi, ce que tu dois comprendre, c’est que tu as un système de valeurs global, et des échelles de valeurs qui changent automatiquement selon les contextes.
05Elles viennent d’où mes valeurs ?
Tes valeurs, y’en a une partie qui vient de ce que tu as vécu auprès de tes parents, et puis, y’a toute ta vie sans eux.
D’après ce que j’observe, le système est à peu près complet vers 25/30 ans, le temps nécessaire à ce que tu te forges ta propre expérience de la vie. Il évolue aussi, en fonction des grands évènements de ton existence. Il n’est donc pas totalement figé. Il est stable, mais il peut évoluer selon les grands moments de ta vie.
Une rupture douloureuse, un mariage, une grave maladie, un licenciement brutal, ce sont des évènements qui peuvent remettre en cause des choses en toi. Et une fois digérés, ça vaut le coup de réinterroger ton système de valeurs, histoire de vérifier que le pont est encore bien solide.
06Et ces valeurs alors, comment je les trouve moi ?
Maintenant, la question qui se pose. Les valeurs, on les trouve comment ? Là, c’est un peu le bordel.
Elles sont dans tout ton parcours de vie, dans toutes les émotions que tu as pu ressentir, avec plus ou moins de force. Et tu en portes encore la trace. Selon le contexte, une émotion peut dissimuler une valeur ou une autre. C’est un vrai jeu de piste. Très amusant, et qui se pratique à deux.
L’un raconte son parcours, et l’autre écoute, prend des notes, questionne pour chercher d’abord les émotions, et ensuite, les valeurs qui sont là. Dans ce que je vois en séance, on porte en moyenne entre vingt et trente valeurs. Et là, y’a un noyau de cinq à sept valeurs essentielles.
Faire ce travail seul, c’est une gageure. Y’a les valeurs qui font « bien », qu’on aimerait avoir, comme la « justice ». Y’a celles qu’on croit avoir. Celles que l’on a qu’on ne voit pas. Et enfin, celles que l’on a et que nous voyons. Ça fait quand même un certain nombre de pièges à éviter.
Raison pour laquelle il est bon de bosser à deux, et si possible, avec une personne qui ne te connait pas. Ça va éviter qu’elle te pose des étiquettes en partant de ce qu’elle croit savoir sur toi. Ou alors, elle sait garder une distance entre ce qu’elle pense de toi et ce que tu lui racontes de ton parcours, le tout sans te juger. C’est mieux.
Et tes valeurs, c’est ce qui te guide et permet de garder une direction dans ta vie, c’est un sens. Parce que le sens, c’est aussi cela, une question de direction. Une direction qui s’exprime au travers de la façon dont tu t’exprimes et te comportes vis-à-vis de toi et des autres.
07Sens et valeurs
Ce qui est bon dans ce mode de fonctionnement qui est assez pragmatique et terre à terre, c’est que là, tu reprends la main sur ta vie et sur la question du sens. En t’appuyant sur tes valeurs, tu peux comprendre pourquoi certaines situations coincent, en éviter de nouvelles, tu peux aussi trouver des choses dans ton quotidien qui vont nourrir tes valeurs.
Ça devient un système circulaire où les deux mondes, l’intérieur et l’extérieur, se nourrissent mutuellement. Et y’a pas besoin de beaux et grands actes. Un simple geste peut venir apporter sa contribution.
Quand je fais la cuisine, quand j’aide ma fille à mettre ses chaussures, quand je prends un moment pour discuter et m’intéresser à ce que font ma femme, ma fille, que je nourris mes chats. Quand je vais marcher le soir, quand j’écris, chacun de ces gestes vient de mon système de valeurs, il nourrit mon petit monde extérieur qui m’apporte quelque chose en retour.
Ces petits gestes sont chargés de sens, car ils portent mes valeurs, et je les envoie dans le monde extérieur, et j’en récolte les fruits sous une forme ou une autre, ça fait du bien à mon monde intérieur.
Alors, oui, j’ai pris mon quotidien à moi, différent du tien. Mais toi aussi, tu as tes petits gestes. Ceux qui partent de toi, qui touchent quelqu’un ou quelque chose autour de toi, et qui te reviennent sous une forme ou une autre. Ou alors, ces petites choses qui ne touchent que toi, que tu ne fais que pour toi, égoïstement, parfois, ça fait du bien.
Et dans tous les cas, toutes ces choses, elles sont là, souvent tellement banales que tu ne les vois plus.
Ainsi, la question du sens n’est plus un truc métaphysique, c’est quelque chose de simple, de concret et de tangible. Sans aucun vertige, car ancré dans notre quotidien.
Pour aller plus loin
- Ce que les philosophes, les religions et les sciences ont répondu à la question : le sens de la vie, sur Wikipédia.

