Changer de vie

Nouvelle ville, nouveau boulot, nouveau départ. Et quelques mois plus tard, tout revient. Normal : tes habitudes voyagent avec toi. Changer de vie, ça ne se joue pas dehors mais dedans. Encore faut-il savoir sur quoi t’appuyer.

Auteur
Stéphane Briot
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6 min · 1 265 mots
Indice
N° 81 · 81 indices publiés à ce jour
changer de vie
© Watson

01Dans la tête, pas de bouton reset

L’envie de tout lâcher. L’envie de tout recommencer. L’envie de prendre un nouveau départ. De changer de vie. Le développement personnel l’a bien compris, bien cerné cette envie, lui qui nous vend des solutions clés en main, des méthodes, des reconversions, tout ce qu’il faut.

Tout en oubliant un petit détail. Pas grand chose, presque un rien. Dans la tête, tu n’as pas de bouton reset. Tu ne peux pas tout oublier, faire table rase, et repartir d’une feuille blanche.

Changer de vie au fond, c’est quoi ? Changer de décor, de boulot, de ville, de pays ? Bien ! Tout ceci, c’est matériel, et ça peut se changer. Pas toujours avec facilité, mais c’est possible. Et parfois, changer de décor, ça peut être la bonne réponse. Seulement, ça, on ne peut le savoir qu’une fois qu’on a opéré le changement.

Et quand le changement n’apporte pas la solution, on fait quoi ? Là, ça devient plus chiant. Parce que dans le changement, ce qu’on oublie souvent, c’est que les habitudes, les façons de vivre ses journées, de voir sa vie, tout ça, ça part avec nous. On l’emporte.

Alors, pendant un temps, la nouveauté masque les choses, elle fait diversion. On découvre de nouveaux lieux, de nouvelles têtes, une nouvelle boite. Tout est tout nouveau, donc, tout est tout beau.

Et puis, quand l’habitude se réinstalle, tout revient avec elle. On fait comment ? On rechange à nouveau ? On repart encore ? Nouveau nouveau départ ? Et ainsi de suite.

02J’avais changé le décor, pas moi

J’ai voulu changer de vie deux fois quand j’étais jeune adulte. Les deux fois, je me suis ramassé complet et retour chez ma mère, avec la honte en surplus de babages. Tu parles d’un voyage.

J’avais changé le décor. Mais pas moi. Et chaque fois que je me suis retrouvé seul face à moi, j’ai perdu pied après quelques mois. Parce que chaque fois, j’ai retrouvé des habitudes, des façons de voir le monde, la vie, ou moi. Putain de réflexes.

Nous sommes des êtres routiniers, nous avons besoin de nos habitudes pour fonctionner. Un jour, notre cerveau changera peut-être, pour le moment, il est comme ça. Même le fait de bouger tout le temps est une habitude, au cas où tu te poserais la question « Et si je changeais de lieu de vie tous les six mois ». Raté.

Changer de vie revient alors à changer, pas dehors, mais dedans. Changer la façon dont tu regardes les scènes qui font le film de ton quotidien.

Alors, là, tu vas te dire « ho mais oui, je sais ! J’ai lu qu’il fallait se trouver une passion, parce que ça change tout ». Ouais. Un temps. Parce que là aussi, si rien ne change dedans, il va arriver un moment où ta passion, tu vas finir par la regarder comme tu regardais les autres choses de ta vie. Encore raté.

03Savoir ce qu’on ne veut plus ne suffit pas

Alors, bordel, faut changer quoi ? Dedans. Oui, c’est bien, mais quoi dedans ? On change comment ? J’ai mis du temps à le comprendre. Très longtemps.

On se pose souvent la question de ce que l’on ne veut plus. On sait dire avec précision et détermination ce dont nous ne voulons plus. Moi, je savais que je ne voulais plus de ces soirées de combats entre mes parents, que je ne voulais plus les entendre s’insulter, ma mère se plaindre, pleurer.

Alors, les premières semaines, seul, chez moi, c’était le pied. Et puis très vite, une angoisse. Je fais quoi de ce temps là moi maintenant. J’en savais foutrement rien. Et en plus, je ne savais pas du tout comment me comporter dans ces moments là, j’avais pas appris, et je me croyais totalement incapable d’y arriver seul. J’ai fait des conneries.

La liberté, quand on ne sait pas s’en servir correctement, ça tourne vite au carnage. Changer de vie, être libre, sur la papier, ça envoie du rêve, dans la réalité, si t’as pas d’appui, c’est la glissade.

En fait, je n’avais pas d’appui justement. Je ne savais rien de « moi ». Je croyais savoir. Comprendre : j’avais créé une identité de toute pièce à partir de ce que ma mère avait pu me dire, avec force, à mon sujet. En gros ? Un bon incapable, un idiot, un fainéant, une personne sur qui on ne pouvait pas compter. Va te construire une vie avec ça.

04Les valeurs, tes bons appuis

À un peu plus de trente piges, quand j’ai rencontré celle qui allait devenir ma femme, j’avais pas de quoi me la raconter. Des dettes, intérimaire (par choix) et je vivais de nouveau chez ma mère. Fallait qu’elle soit sacrément amoureuse pour s’enticher d’un tel machin.

Pourtant, en moi, je savais que je pouvais être plus, être meilleur que ce que j’étais. Alors, elle m’a montré ce qu’elle voyait. Et j’ai commencé à « changer ». Mais que ce fut long, que ce fut douloureux. Parce que forcément, tout ça, ça fait remonter des questions, on apporte des réponses qui font mal, et puis, pas à pas, lentement, avec son soutien, j’ai commencé à éclore.

Sans le savoir, j’ai commencé à m’appuyer sur mes propres valeurs, c’est ça les fameux appuis. Tiens, une valeur comme la famille. Je croyais dur comme fer détester la famille.

En fait, non. Si je réagissais avec autant de douleur et de violence à tout ce qui touchait à la famille, c’était parce que cette valeur là, en moi, n’avait eu de cesse d’être salie par mes parents.

Ca peut être une bonne piste à suivre ça pour toi : sur quoi régis tu régulièrement avec force, parfois avec violence ? Ca cache un truc. La colère, c’est souvent une question de limite franchie, d’une valeur qui est bousculée. Pour moi, la famille, c’était exactement ça.

Et puis, je suis devenu papa. Là, j’ai compris à quel point c’était une chose importante pour moi, malgré ma peur de ne pas être un bon père pour ma fille.

J’ai compris que le changement, s’il ne s’appuie pas sur tes valeurs, c’est comme changer de cellule ou de prison. Tu changes les murs, point. Pour qu’un changement soit porteur, il doit te rendre plus libre de tes choix, plus capable et mieux entouré.

Et c’est ce changement là que j’ai vécu en croisant la route de ma future femme, puis quand j’ai rencontré ma fille à sa naissance.

05Les regards qui élèvent

On te dit souvent que le regard des « autres », c’est un truc toxique. Heu ? Quels autres ? Sans le regard de ma femme ou de ma fille, j’avoue que la vie serait longue et un peu chiante.

Y’a des regards qui font mal, oui, c’est vrai. Et y’a des regards qui élèvent, qui aiment, qui te montrent ce qui est bon en toi. Non, tous les regards ne sont pas à jeter. On a tous un regard extérieur qui fait du bien. Un proche, un ami, un parent peut-être.

06Changer de vie, oui, mais avec une boussole

Alors, changer de vie ? Tout plaquer ? Sans avoir de boussole, le changement, c’est un peu comme jouer au Loto. C’est un pari. Tu peux gagner, ou perdre. Mais si tu ne sais pas ce que tu veux, si tu n’a pas d’appui, attention à la glissade. Pour te donner des chances de réussites, trouve tes appuis, en toi, donc, tes valeurs, et au dehors, ces fameux regards qui aiment.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Je suis un coach. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Deux infarctus, une enfance douloureuse digne d'un roman, c'est là j'ai appris à déceler où ça coince d'abord chez moi, puis chez les autres, et ce avec précision. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que ça bouge. Pour remettre de la vie dans leur quotidien.

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