Le temps passe vite. Et profiter, ça veut dire quoi ?

Je me souviens. J’était un ado. Puis adulte, et je suis devenu papa, j’ai croisé la mort, ma fille a grandi, ma femme et moi avons construit une famille, tout est allé si vite. Avons nous profité ? Et profiter de la vie, c’est quoi au fait ?

Auteur
Stéphane Briot
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4 min · 1 012 mots
Indice
N° 80 · 80 indices publiés à ce jour
le temps passe vite
© Watson

01L’ado qui voulait la paix

Le temps passe vite. J’étais ado. Malgré tous les problèmes familiaux, j’avais encore de l’insouciance. Et l’espoir qu’un jour, ma vie serait douce, bien plus douce. Je ne rêvais déjà plus de succès ou de gloire. Alors, j’en étais arrivé à une chose simple. Avoir la paix. Juste ça, la paix. Que je puisse respirer, vivre, sans peur, doutes ou craintes.

Et puis, me voilà, en train d’écrire ces mots sur mon clavier. Un peu plus de cinquante années ont passé. C’est comme si d’un coup, tout s’était accéléré. Comme si la lenteur des premières années de la vie avait fait place à une course folle.

02Je me souviens

Je me souviens de mes vingt ans, fêtés chez mon grand-père, avec quelques amis, ma mère. Une gourmette en argent, quelques sourires. Je ne me souviens pas de mes trente ans. J’étais paumé. Je me souviens de mes quarante ans. J’ai bien failli ne jamais les fêter.

Je me souviens de la naissance de ma fille, à 4h18, dans la nuit. Je la regarde aujourd’hui, à l’aube très prochaine de sa majorité. Je vois encore le bébé, l’enfant, l’insouciance, ses rires, ses chansons pour nous faire un spectacle. Ses premiers pas, sa première journée à la maternelle. Puis l’école primaire, le collège, le lycée.

Je me souviens de mes cinquante ans. Nous allions emménager dans notre maison, j’étais terriblement angoissé, en lutte avec mes vieux démons.

Je me souviens de mes tristesses, de mes peurs, comme si c’était encore là. Les bons souvenirs ont la couleur du temps qui passe, sépia, un peu fanés. Pas effacés, mais comme si je ne les avais pas vécus aussi fort que ce qui a fait mal.

Je me souviens de cette femme. Ses yeux bleus acier, ses pommettes, son sourire, dans un café du Montparnasse, à Paris. Et cette intuition. Il suffirait d’un rien pour qu’on parte pour une belle et longue aventure. Nous voilà, plus de deux décennies qui ont filé, nous sommes parents, nous sommes là. Pour nos meilleurs et pour nos pires.

Je me souviens des mots de ces « vieux », la trentaine, la quarantaine, des conseils qu’on donne au petit jeune, sur la vie, sur le temps qui passe. Et ce petit jeune qui écoutait, sans vraiment comprendre ce qu’ils disaient. Aujourd’hui, que sont-ils devenus ? Aujourd’hui, ce petit jeune est devenu le nouveau vieux, a-t-il compris ce qu’ils disaient ?

03Profite, le temps passe vite

On l’a tous entendue, cette foutue phrase à la con : profite, le temps passe vite, tu verras, il passe vite. Mais profiter, ça veut dire quoi ? Parce qu’en réalité, ce foutu moment présent, il est fugace par essence. Il ne fait que passer, pour venir noircir le livre de nos vies d’une nouvelle ligne. Et voilà, il est passé.

On a beau maudire le temps qui passe, compter les rides, regarder les photos qui ne jaunissent plus sur nos écrans modernes, on a de plus en plus de souvenirs. Et de moins en moins de temps. Tout ce que l’on sait, c’est que l’on s’approche de la sortie.

Faut-il regretter, être nostalgique ? À quoi bon ? Ce qui est fait ne peut être changé. On l’a fait, et voilà. Ni fatalité, ni regret. C’est peut-être cela, profiter ? Ne pas attendre que le présent répare le passé, et le prendre pour ce qu’il est, tel qu’il est, sans le comparer, sans le juger, sans prier pour qu’il apporte je ne sais quoi. Le prendre pour ce qu’il offre. Parfois, ce n’est pas joyeux, parfois, ça l’est. Ne pas avoir peur de le laisser filer. Oui, c’est peut-être ça, « profiter ».

Quand on est là, sur son canapé, un dimanche à buller, ne pas s’en vouloir. Un éclat de rire, ne pas avoir peur que cela s’arrête. Une fête ? Ne pas craindre le lendemain, et la fatigue. Un coup de moins bien, ce n’est pas nécessairement le début d’une chute longue, lente et terrible, juste un coup de moins bien, pas une agonie.

04On s’habitue

Faisant chemin, êtres d’habitude que nous sommes, on découvre un peu moins, il y a moins de nouveauté, on a créé son espace, sa bulle, sa routine confortable. On ne voit plus vraiment ce dont on rêvait, dans ces temps d’antan. C’est là, on le vit. Ça peut valoir le coup de le faire, ce petit effort, pour continuer d’apprécier ce qu’on a. Parce qu’on s’habitue et qu’on oublie ce que l’on a fait pour l’avoir. Tout simplement. C’est ainsi.

Il m’arrive d’oublier ce que je voulais. Être en paix. Avoir une maison, une maison pour que chacun puisse avoir sa place, son intimité, son espace à lui, à elle. Et nous l’avons. Je rêvais d’un bureau, à moi, pour accrocher mes photos, pour écouter ma musique, pour travailler, au calme, avec une belle lumière. Je l’ai. Parfois, j’oublie que je l’ai. Et quand je fais ce petit effort, ça me réconforte.

J’ai eu de la chance ? Peut-être. Mais j’ai aussi envie de croire que ce n’est pas que de la chance, j’ai envie de croire que j’y suis pour quelque chose. Je ne mérite pas cette paix plus qu’une autre personne. Certaines ont fait plus que moi et ne la connaissent toujours pas. Ce que je sais, c’est que je n’ai pas lâché.

05Des soirs en paix

Alors, je me dis que ces galères, j’aurais aimé faire sans, mais elles furent là. Pas question de chercher un sens, à quoi bon au fond ? C’est fait. Autant l’accepter. Alors oui, je fais ce petit effort de mémoire, pour me souvenir, pour rafraichir. Me souvenir de cet ado qui voulait tant, le soir, dans son lit, tandis que ses parents étaient encore en train de se mettre dessus, cet ado qui n’aspirait qu’à une chose : des soirs sans cris, sans larmes, sans violence.

Ce fut un long chemin, sinueux, douloureux, mais aussi de joies, de plaisirs, et cet ado, il a eu ce qu’il voulait. Ces soirs en paix.

Stéphane Briot

Stéphane Briot

J'écris ici sous le nom de plume Watson. Je suis un coach. J'écris depuis ce que j'ai traversé, complété par la lecture de centaines d'ouvrages que je dévore chaque année. Deux infarctus, une enfance douloureuse digne d'un roman, c'est là j'ai appris à déceler où ça coince d'abord chez moi, puis chez les autres, et ce avec précision. Ce site est un espace pour ceux qui veulent que ça bouge. Pour remettre de la vie dans leur quotidien.

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